Le Vent Se Lève !, un laboratoire d’innovation pour l’Education populaire 

 

2015-12-13-14-29-28 

 

 

Les enjeux de l’innovation

De nombreux signes apparaissent quant à la nécessité pour les mouvements d’éducation populaire de s’adapter aux changements sociaux, culturels, politiques, technologiques qui bouleversent à grande vitesse nos sociétés. Même si ces mouvements ont maintenu contre vents et marées la présence de leurs valeurs et mené avec persévérance des actions au plus intime de l’expérience sociale, force est de constater qu’ils ne font plus guère figure de pionniers dans ces turbulences qui agitent nos mondes. Il n’est pas le lieu ici de faire l’analyse de cette situation dans laquelle l’éducation populaire se trouve. Elle a représenté pourtant pendant de nombreuses décennies ce réservoir d’idées, de valeurs et d’actions qui ont façonné notre société, et elle doit à cette position avancée d’avoir jusqu’à ce jour tenu la place encore importante qu’elle occupe dans notre nation. La Ligue de l’enseignement est une figure emblématique de cette place et résiste sans doute mieux que d’autres aux grands mouvements que  nous avons évoqués. Il paraît aujourd’hui incontournable et profondément décisif pour nos mouvements comme pour nos valeurs de redevenir un laboratoire de pensée pour notre société. L’idée « d’Education populaire » a clairement refait surface dans les discours et représentations collectives, en particulier dans le discours politique. Les évènements pathétiques qui surviennent autour de nous conduisent certains à se tourner à nouveau vers nos mouvements et leur poser la question : que devenons-nous ? Quelles nouvelles pratiques inventer pour répondre à ce qui s’impose à nous ? D’autres répondent à ce sujet : ils appartiennent à un monde dépassé. Il ne tient qu’à nous aujourd’hui de répondre par notre capacité, à partir de notre socle le plus solide, à embarquer dans ces grands mouvements et à reprendre le poste le plus avancé que nous autorisent nos convictions et nos visions de l’homme et de la société.

Les grands défis qui sont là devant nous sont connus de tous et doivent faire l’objet d’expérimentations ciblées et persévérantes. Nous accompagnons sur ce sujet la  Fédération de Paris de la Ligue de l’enseignement qui possède, pour de multiples raisons – son passé, sa forte structuration depuis une quinzaine d’années, la force politique, économique, humaine, technique – une force d’innovation sur tous les sujets essentiels d’une Education populaire «ré-écrite au futur». Une Education Populaire Nouvelle.

La Fédération, tout en maintenant les actions qu’elle mène à ce jour, et dont l’importance et la portée ne sont guère à démontrer, a choisi d’être accompagnée, avec le Vent se Lève !, d’un Laboratoire d’innovation culturelle, artistique et social. 

Les principaux axes d’innovation

Les grands domaines sur lesquels nous sommes en position de proposer des idées et des actions nouvelles sont :

– le numérique et les fractures qui s’agrandissent le concernant, aggravant encore des fractures sociales et éducatives antérieures ;

– la revivification de l’expérience démocratique face aux vacillements des modèles représentatifs et participatifs ;

– la circulation culturelle face aux Droits culturels humains ;

– les créations partagées destinées à ré-ouvrir les imaginaires individuels et collectifs par des expériences de formes de l’art dans l’expérience sociale ;

– Les formations, du côté de l’insertion des personnes les plus vulnérables.

Les dimensions de ce travail doivent s’articuler étroitement et s’agencer dans chaque expérimentation.

Quelle structuration aujourd’hui pour ces expériences de l’innovation?

On voit se mettre en place depuis plus de dix ans de nouvelles structures, en particulier sur les questions de l’innovation numérique, de l’innovation urbaine dans les réflexions la « ville à venir ». Ces structures se désignent comme des Laboratoires, sous une forme parfois écourtée et anglicisée, les « labs ».

D’abord très ancrés dans les milieux de la technologie, leur concept s’étend et s’adapte à d’autres domaines de la recherche collective: le champ social, le champ éducatif, le champ politique : Tiers-Lieu, Socio Lab, Future Lab, etc. Outre leur orientation vers l’innovation, ils disposent tous de caractéristiques communes :

  • ce sont des organisations légères et mobiles, parfois même des micro-structures
  • leur orientation « laboratoire » et « recherche » est tournée vers des expériences concrètes, réellement expérimentées
  • ce sont souvent des « réservoirs » d’idées pour des organisations plus importantes qui n’ont pas ou plus la capacité de générer en interne des processus innovants
  • ils rassemblent des professionnels de secteurs différents en interaction profonde, et font se rencontrer des acteurs de statuts très différents (artistes, chercheurs, habitants, scientifiques, etc…) 

La démarche de l’innovation conduit aussi ces laboratoires à interagir les uns avec les autres en réseaux complémentaires afin d’augmenter encore les capacités créatives des uns et des autres, sous forme par exemple de « creative hubs », « noyaux créatifs »  susceptibles d’ouvrir encore les interactions de compétence et l’intérêt des expériences.