Migrants…

Migrant(e)s…

  1. Depuis plusieurs mois, comme beaucoup d’autres, la question des « Migrants » s’impose peu à peu à nous. Elle est entrée dans le débat public, elle entre dans nos têtes. Les « acteurs de l’art et de la culture » n’ont pas été les derniers à s’interroger et à mettre en place ce qu’ils pouvaient, dans les conditions difficiles qui sont les leurs, pour inventer une pratique de l’accueil de migrants. La réflexion est loin d’être achevée tant les problématiques sont tendues, pour le dire ainsi. De multiples initiatives ont été prises; le réseau Actes-If auquel nous appartenons a récemment tenté d’ouvrir des échanges dans son réseau sur ce sujet. Ces mises-ensemble sont aujourd’hui indispensables pour avancer et renforcer des actions trop vite isolées et fragilisées. Nous connaissons cela sur d’autres affaires dans notre champ…

Le Vent se Lève…! s’est également inscrit dans cette volonté. Nous recevons depuis plusieurs semaines un groupe de  personnes qui apprennent le français, avec l’association « Bureau d’Accueil des Migrants ». Nous espérons peu à peu nous mettre dans une capacité créative avec certains d’entre eux, mais ce n’est pour l’instant pas leur urgence. La rencontre aura lieu en son temps.

Je voudrais ici partager notre réflexion sur cette question et dire en quoi, il y va peut-être de l’essence de notre pratique artistique et culturelle. Ce que nous rappelle avec insistance la présence des migrants, c’est que pour nous, d’une certaine façon, cette présence est constitutive de notre engagement artistique, et ce à plusieurs degrés. En premier lieu, et dans la mesure où nous avons fait du processus partagé de création, notre expérience fondamentale de production d’oeuvre, nous ne cessons de rencontrer des personnes inscrites d’une manière ou d’une autre dans des courants migratoires, depuis des années. Deuxième génération, troisième génération, ils habitent nos quartiers, leurs histoires mêlées aux nôtres sont des histoires de frontières, de guerres coloniales, d’exclusion, de mépris ressenti,  de « désir d’occident trahi » comme le suggère Alain Badiou. En tout cas, ils sont ceux que nous rencontrons. Il reste toujours en eux, malgré les générations et les années de vie commune, quelque chose d’irrecevable. C’est d’autant plus flagrant dans nos réponses politiques aux migrants actuels: nous ne pouvons pas vous recevoir, vous êtes irrecevables. Et on est là bien loin de la simple notion d’accueil ou de non -accueil de l’étranger. C’est quelque chose d’autre que les corps que nous ne pouvons ou plutôt ne voulons recevoir. Au delà de toutes les questions de discrimination telles que nous les nommons, au plus profond se tient cette irrecevabilité qui caractérise nos sociétés. On pourrait presque prophétiser que les migrants qui parviendront à s’installer à nos côtés dans un monde commun, seront à tout jamais marqué du sceau de cette « infamie migratoire ». (à suivre)

 

 

Jean Pierre Chrétien Goni