Séminaire du Sujet dans le Cité

 organisé par l’Université Ouverte du Sujet dans la Cité en association avec le Centre de recherche inter-universitaire EXPERICE/Paris 13-Paris 8, en partenariat avec Le Collège international de recherche biographique en éducation

Le sujet dans la Cité. Revue internationale de recherche biographique

CYCLE 2020: RACONTER / SE RACONTER

ré-interroger le biographique 

Le biographique a trop longtemps été confiné à la seule sphère du privé. Réinterroger le biographique, c’est réévaluer sa place dans la scène publique et politique, c’est le sortir de l’entre-soi et prendre la mesure de l’entre-nous et de l’en-commun qu’il peut contribuer à fonder. Cette réévaluation du biographique passe en particulier par l’examen à nouveaux frais des enjeux publics du récit de soi et du statut de l’intime dans son rapport au politique.

Ces questions orienteront et nourriront les interventions du séminaire qui en proposeront des mises en forme et des contextualisations.

Intervenants

Lise Poirier-Courbet. Sociologue clinicienne, psychosociologue.

Auteure de l’essai Vivre après un viol, chemins de reconstruction (2015, Erès) et du roman autobiographique C’est la première fois que je vis, suivi d’un dialogue avec Marion Rousset (2019, Téraèdre).

de l’essai au roman autobiographique : une voie de re-création

Si c’est l’essai, Vivre après un viol, chemins de reconstruction qui a fait d’abord l’objet d’une parution, c’est le roman autobiographique, C’est la première fois que je vis longtemps, qui a été écrit en premier, il a dû être réécrit quatre fois avant d’être publié. Ce récit, très intime, puisqu’il s’agit d’un viol avec étranglement subi à l’âge de seize ans, a été « un cri muet qui me protège ». En 2018, dans la vague du mouvement #Me Too, il a trouvé un éditeur. Depuis, ces deux livres ont suscité de nombreuses demandes d’interventions dans l’espace public. En se socialisant, mes écrits ont permis à la fois une reconnaissance et un paradoxe. « C’est une mise en lumière brutale » m’a écrit » Annie Ernaux dans une lettre.

Dans cette intervention, j’aborderais les liens entre ces deux livres, la dimension temporelle (Delory-Momberger), les effets de l’écoute sociale et les processus de subjectivation(Niewiadomski) entre la perte d’estime de soi, jusqu’ à l’estime de soi, à la fois biographie introspective et extrospective. (Martucelli). Quelques extraits du livre seront lus.

Christine Delory-Momberger. Anthropologue de l’éducation, professeur des universités-Sorbonne Paris Nord, auteure photographe & Valentin Bardawil. Réalisateur, co-fondateur de Photo Doc.

Co-auteurs de Le pouvoir de l’intime dans la photographie documentaire (2020 In Press, Arnaud Bizalion éditeur)

pouvoir de l’intime et « démocratie sensible » : ressources des nouvelles écritures de la photographie documentaire

Les deux auteurs poursuivent dans leur livre Le pouvoir de l’intime dans la photographie documentaire le processus artistique dans lequel s’est engagée Christine Delory-Momberger pendant neuf années pour la réalisation de son triptyque photographique EXILS / REMINISCENCES et ils vont ainsi plus avant dans l’histoire et le « hors-champ » de cette création.

Les auteurs expérimentent et révèlent la démarche d’en-quête menée par la photographe sur les territoires de l’intime, sortant l’œuvre de son aura de mystère pour en faire une affaire publique qui concerne chacun. Ils partagent cette réflexion dans un échange de regards actifs construisant l’espace nouveau de l’’« art citoyen » d’une « démocratie sensible » (Fœssel), définie comme une forme de vie politique prenant en compte l’importance des affects et la validité des expériences sensibles dans la constitution du lien démocratique. Ils montrent en particulier comment la sphère de l’intime suscite des formes d’investigation porteuses de transformation de soi, des autres et du monde.

Augustin Mutuale. Philosophe, professeur des universités-ICP Paris & Guy Berger. Philosophe, professeur émérite des universités-Université Paris 8-Saint-Denis

en quoi le biographique nous provoque-t-il ? Du statut de la voix

Dans le cadre de notre prise de la parole, nous tentons de penser en quoi le biographique fait événement dans le monde du logos en posant la question de la parole du sujet dans son indiscutabilité. Cette parole ne s’enferme, ni dans la sphère de la mémoire, ni dans celle de l’histoire ; non plus que dans l’univers de la vérité ou celui de la morale. Le biographique promeut la voix de la personne comme étant un « c’est » ou mieux encore « il est ».  Il est possible de discuter, de l’existence réelle de ce que l’autre a dit, soit de sa légitimité juridique, politique ou morale. Mais, il n’est pas possible de contester le fait que quelqu’un ait dit une chose. C’est ce que l’autre a dit ! C’est ce que la personne dit qui est la réalité et non pas la réalité qui est dite.

Cette proposition amène à poser le statut d’une voix qui compte et ce indépendamment du fait que cette voix soit celle d’une femme, d’un homme, d’un pauvre, d’un fou, d’un malade mental … En pensant le biographique, nous sommes au-delà du logos. En effet avec le biographique, il s’agit par la voix de prendre la parole, non pas seulement pour construire une chose mais  pour attester de sa présence au monde en affirmant sa dignité humaine. Je m’engage en tant que personne et j’atteste que je suis un sujet, parce que j’ai une voix qui compte dans la Cité et j’exige que l’autre la prenne en compte.